Observatoire de Genève

Observer le ciel, une passion aussi reçue en héritage

À Genève, avant même la création du premier Observatoire en 1772, des scientifiques - parfois apparentés - ont en commun non seulement des ancêtres venus se réfugier en raison de leur attachement à la foi réformée, mais aussi la passion de l'observation du ciel! 

Parmi eux, notamment les frères Jean-Christophe et Nicolas Fatio de Duillier, Pierre Viollier, Jean-Louis Pictet, Jacques-André Mallet. 

C’est sous l’impulsion de Jacques-André Mallet, (1740-1790) (voir Avully temple) professeur honoraire de la chaire d’astronomie à l’Académie que le premier Observatoire de Suisse voit le jour sur le bastion de Saint-Antoine en face du Collège et Académie (actuel Collège Calvin) (voir Université/Académie) Mallet inaugure la longue tradition de mécénat liée au premier développement de l’Observatoire en cofinançant sa construction et en l’équipant avec ses propres instruments. Ses travaux s’orientent alors principalement vers la météorologie (science utile pour optimiser les récoltes puisque la population genevoise s’agrandit) et la chronométrie (contribuant ainsi à soutenir l’essor de l’horlogerie depuis l’arrivée des Huguenots).

Au décès de Mallet, son collaborateur et éminent physicien Marc-Auguste Pictet (1752-1825) lui succède à la direction (voir Cartigny château et Château de Lancy). Trente années plus tard, Pictet remet à son tour la direction à Jean-Alfred Gautier (1793-1881) qui charge Guillaume-Henri Dufour (voir Place de Neuve) de construire un nouvel observatoire proche du premier. Une tour et une grande lunette équatoriale offerte par son nouveau directeur Emile Plantamour (1815-1882) permettent alors d’inaugurer à Genève le début de l’astrophysique (étude de l’état physique et chimique des astres), science qu’Emile Gautier (1822-1891), puis son fils Raoul Gautier (1854-1931) poursuivra avec la même passion que celle de la lignée des directeurs au lointain passé huguenot les ayant précédés.  

En 1966, l’Université choisit le site de Sauverny pour construire un nouvel Observatoire qui plus tard, accueille les laboratoires de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), puis s’ouvre à la collaboration internationale. 

… Et 40 ans plus tard une découverte majeure dans l'histoire de l'astronomie, fruit de la passion de deux astrophysiciens de l’Observatoire de Genève fait la Une de la presse mondiale (voir développement historique).

Développement historique

Précisons d’emblée que les limites imposées par le cadre de notre projet ne nous permettent pas de mentionner tous ceux qui ont œuvré jusqu’à ce jour au développement de l’Observatoire. 

Jacques-André Mallet

C’est au milieu du XVIe siècle que l’aïeul du fondateur de l’Observatoire, Jacques Mallet marchand-drapier et bonnetier à Rouen, s’était réfugié en Suisse avec son épouse et son frère, tout comme 139 autres familles rouennaises. Les nombreux enfants du marchand sont à l’origine d’une impressionnante descendance dont on trouve bien des traces à Genève, notamment en Vieille-Ville (voir Maison Mallet) et à Céligny (voir Céligny temple). 

Après de brillantes études de mathématiques à l’Université de Bâle, Jacques-André Mallet, à l’invitation de l’Académie de Saint-Pétersbourg, part en expédition en Laponie pour faire des observations relatives au passage de la planète Vénus devant le disque solaire, phénomène astronomique très rare qui mobilise les savants du monde entier. C’est à cette occasion qu’il rencontre un autre passionné d’astronomie, Jean-Louis Pictet (1739-1781), son futur beau-frère, qui avait précédemment accompagné Horace-Bénédict de Saussure en expéditions dans les Alpes.

Peu après son retour, Mallet est nommé professeur honoraire de la nouvelle chaire d'astronomie à l’Académie (voir Université/Académie), fonde le premier Observatoire et effectue de nombreuses observations d'éclipses et d'occultations d'étoiles.

Sa réputation dépasse rapidement les frontières, il devient Membre de la Royal Society de Londres et de l'Académie de Saint-Pétersbourg (dès 1769), et membre correspondant de l'Académie des sciences de Paris (1772). Un cratère de la lune porte son nom.

Quand il quitte l’Observatoire, il poursuit ses observations astronomiques et météorologiques dans sa propriété d’Avully (voir Avully temple).

Marc-Auguste Pictet

L'histoire de la famille Pictet, commence modestement en 1344 avec six générations de paysans de Neydens, village au pied du Salève, aujourd'hui en Haute-Savoie. Venue à Genève dès 1474, la famille adopte la Réforme en 1536 (voir Cartigny château).

En 1790, Marc-Auguste, éminent professeur de physique et chimie à l’Académie, succède à Mallet à la direction de l’Observatoire.

Par ailleurs, désireux de rendre la science accessible au grand public, il donne des cours libres de physique expérimentale ainsi que des cours gratuits de mécanique à l’intention des artisans, dans le cadre de la Société des Arts (voir Palais Eynard et Palais de l’Athénée, Horace-Bénédict de Saussure et Grand Malagny).

Comme Mallet, il contribue à l’essor de l’horlogerie en développant la chronométrie et en organisant des cours à l’intention des apprentis et des nombreux horlogers genevois d’origine huguenote. C’est l’âge d’or des cabinets savants, tel celui de Pictet, talentueux pédagogue qui inaugure la publication des recueils d’enseignement de la science par l’expérience afin de la rendre accessible au grand public.

Par ailleurs, il cofonde avec son frère Charles (Pictet de Rochemont), la Bibliothèque britannique qui circule alors chez les intellectuels du continent et dans laquelle il publie de nombreux articles sur les découvertes scientifiques et dans le domaine de l’agriculture (voir Château de Lancy).

Les Gautier père et fils

Les ancêtres d’Emile et de son fils Raoul Gautier étaient arrivés à Genève au tout début du XVIe siècle. Originaires du pays de Gex voisin, ils furent d’emblée reçus bourgeois de la ville et embrassèrent la Réforme en 1536. Plusieurs de leurs descendants se sont engagés dans leur ville d’adoption notamment en politique, en médecine, dans l’humanitaire, en théologie, dans les sciences.

Emile, docteur ès sciences, s’engage d’abord dans une carrière militaire et politique. Puis il participe à des expéditions astronomiques qui le conduisent à la direction de l’Observatoire où il développe le service de chronométrie.

Son fils Raoul lui succède à ce poste pendant près de 30 ans dès 1889, après avoir été professeur d’astronomie, de météorologie et de géographie et recteur de l’Université (voir Université/Académie). Par ailleurs il préside la commission fédérale de météorologie et signe de nombreuses publications scientifiques. Ses grandes compétences sont vite reconnues au niveau international.

Notons que la fille de Raoul, Alice, est l’épouse du fondateur de l’Institut universitaire de hautes études internationales William Rappard, par ailleurs un des artisans de la venue de la Ligue des nations à Genève (voir Maison de la Paix et Palais Wilson).

Dès le milieu du XXe siècle 

Animés de la même passion que celle de leurs prédécesseurs plus de deux siècles auparavant, et sous l’impulsion du directeur Marcel Golay (1927-2015), les astronomes de l’Observatoire de Sauverny s’orientent alors principalement vers des recherches en astrophysique (partie de l'astronomie qui étudie la nature physique, la formation et l'évolution des astres).

En 1995 une découverte majeure dans l'histoire de l'astronomie fait la Une de la presse mondiale: Michel Mayor et Didier Queloz, deux éminents chercheurs de l’Observatoire de Sauverny, annoncent la découverte d'une exoplanète (= planète qui tourne autour d'un autre soleil que le nôtre).

Depuis lors, la quête d'autres exoplanètes est poursuivie avec succès par l'équipe des astrophysiciens de Sauverny (rejointe par Stéphane Udry) et par les chercheurs du monde entier.

N.B. Des cratères lunaires ou de petites planètes portent le nom de plusieurs astronomes mentionnés ci-dessus!

(Sources et ouvrages consultés: Archives Université de GenèveArchives du Musée d’histoire des sciences de Genève – Dictionnaire historique de la Suisse – Archives de la famille Pictet)

Chemin des Maillettes 51
1290 Versoix

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Bibliographie

  • Le petit prince Antoine de Saint Exupéry éd. Gallimard, 1946

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