CICR

La foi dans les actes

Se rendant en Lombardie pour affaires en 1859, Henry Dunant (1828-1910) arrive par hasard à Castiglione où sont entassés les blessés de la bataille la plus sanglante de la guerre d'Italie. Scandalisé par l'abandon des milliers de soldats mutilés et moribonds laissés sans soins, il improvise les secours avec l'aide de la population locale.

De retour à Genève, il publie en 1862 "Un souvenir de Solferino", récit des souffrances dont il a été témoin. Il y énonce les idées fondatrices de la future Croix-Rouge : prévoir - en temps de paix - des corps volontaires prêts à secourir les blessés en cas de conflit et adopter un texte de droit protégeant les blessés et ceux qui les soignent. Le succès du livre est immédiat.

Le juriste et futur cofondateur de l'Institut de Droit international, Gustave Moynier (1826-1910), l'ingénieur et général de l'armée suisse lors de la Guerre du Sonderbund Guillaume-Henri Dufour dit "le Pacificateur" (1787-1875), les médecins Louis Appia (1818-1898) et Théodore Maunoir (1806-1869) rejoignent Dunant.

Porté par ces cinq personnalités issues du protestantisme genevois et majoritairement descendantes de familles issues des Huguenots ou des Vaudois du Piémont, le Comité international de la Croix-Rouge est alors constitué en 1863 sous la présidence du Général Dufour, auquel succéderont Gustave Moynier l’année suivante, puis Gustave Ador en 1910 et jusqu’à son décès en 1928.

Dès l'année suivante, l'idée humanitaire fait son chemin : la Première Convention de Genève (base du droit international humanitaire) est signée par douze Etats. Des Sociétés nationales de Croix-Rouge se créent et adoptent un brassard blanc à croix rouge.

Aujourd'hui le CICR opère dans des situations très variées afin de protéger et de soutenir les millions de personnes vivant dans des situations de conflits et de violence armée. Il déploie ses activités dans plus de 80 pays, notamment en Syrie, en Irak, au Nigéria, en République Centre Africaine, au Soudan du Sud, en Ukraine, en Afghanistan.
Ses délégués travaillent sous les emblèmes de la Croix-Rouge, du Croissant-Rouge et du Cristal-Rouge, par exemple dans l'action contre les mines, la diplomatie humanitaire, la protection des civils, le rétablissement des liens familiaux, les visites aux détenus, les violences sexuelles.

Le CICR a reçu le prix Nobel de la paix en 1917, 1944 et 1963.

Développement historique

Quelques notes au sujet des membres du Comité international de secours aux blessés, futur Comité international de la Croix-Rouge 
et d’un président  pendant près de 20 années

On sait qu’à la lecture d’Un Souvenir de Solferino c’est Gustave MOYNIER (1826-1910), calviniste convaincu, juriste décidé à se vouer au mieux-être de ses semblables, et futur cofondateur de l’Institut de droit international, Gand 1873), qui rend visite à Dunant. Et les deux hommes, bien que fort dissemblables, se mettent d’accord sur un objectif : faire passer dans la réalité les idées de Dunant.

Les trois autres personnalités qui les rejoignent pour s’engager sont :

Guillaume-Henri DUFOUR (1787-1875), homme particulièrement actif dans les domaines les plus variés (voir Place de Neuve). En 1847, il prend la tête de l’armée suisse lors de la Guerre du Sonderbund et gagne la paix en 25 jours avec un minimum de pertes pour toutes les parties, ordonnant à ses troupes d’épargner blessés et prisonniers, et empêchant la sécession des cantons catholiques. La Diète le désigne « Le Pacificateur ».

Louis APPIA (1818-1898), le fils d’un pasteur originaire du Piémont, formé à Genève. Lui-même, arrivé à Genève en 1849, est actif en tant que chirurgien spécialisé dans l’aide aux victimes de la guerre. C’est à lui que l’on doit l’idée de faire porter des brassards blancs aux volontaires sur les champs de bataille. En 1867, il succèdera à Dunant au poste de secrétaire du comité.

Théodore MAUNOIR (1806-1869) qui grandit dans une riche famille de médecins genevois au sein d’une société imprégnée de la stricte morale calviniste issue du Refuge huguenot. Lui-même obtient un doctorat en chirurgie pour son travail sur l’histoire de la cataracte. Ce grand ami et protecteur de Louis Appia est membre de la Commission d’hygiène et de santé ainsi que de la Société genevoise d’utilité publique. Il est aussi l’auteur d’une étude sur les soins médicaux donnés aux victimes de la Guerre de Sécession. 

Henry DUNANT (1828-1910) grandit dans une famille genevoise de la bonne bourgeoisie, ouverte sur le monde et attachée à une stricte éducation protestante (voir Temple d'Avully). Il se réclame volontiers issu du Refuge huguenot par sa mère, descendante des Gilles de Sommières. En 1855, il fonde avec ses amis réunis à Paris l’Alliance universelle des Unions chrétiennes de jeunes gens (YMCA) (voir COE).

Quelques années après la constitution du CICR, Dunant démissionne du comité suite au scandale suscité à Genève par sa faillite ; il poursuit son engagement humanitaire en sillonnant l’Europe, et créant un large mouvement d’opinion proposant que la Croix-Rouge s’occupe aussi des civils, avant de vivre des années d’errance, de misère totale et de maladie. Suite à un article de presse, il redevient célèbre en 1895 et reçoit le premier prix Nobel de la Paix en 1901.

Les cinq fondateurs sont rejoints en 1870 par Gustave ADOR (1845-1928) qui succède à Gustave Moynier à la présidence du comité en 1910 et jusqu’à son décès.

En 1914 il crée puis dirige l’Agence internationale de secours aux prisonniers de guerre. (voir Place de Neuve). En tant que président de la Confédération suisse dès 1918, il s’engage activement pour l’obtention du siège de la Société des Nations à Genève (voir Palais Wilson) et décède quelques années plus tard, non sans avoir présidé la veille une séance du comité du CICR.

N.B. Depuis 2010 les sociétés Henry Dunant et Genève humanitaire ont leur siège à la route du Grand-Lancy 92 (voir Château de Lancy)

À Solférino, Dunant invente le droit international humanitaire  (extraits communication 2009 UNIGE)

Il fut un homme marginal, très mauvais en affaires, mais Genève doit beaucoup à son esprit créatif et audacieux.

Henry Dunant n’a pas seulement créé la Croix-Rouge et le droit international humanitaire. C’est aussi en grande partie grâce à lui que notre ville occupe aujourd’hui une place de choix sur la scène internationale. « Dunant a quelque chose de fascinant » observe Roger Mayou, directeur du Musée de la Croix-Rouge. Ce qui me frappe, c’est ce destin qui bascule. Rien ne prédestine ce jeune bourgeois genevois, qui a quitté le collège sans maturité et fait du business en Algérie, à s’intéresser aux blessés. Un jour, il a l’idée bizarre de suivre Napoléon III en Italie pour lui demander de l’aider dans ses affaires. Il arrive à Castiglione…là, c’est le choc.» La bataille a fait 6000 morts et 30 000 blessés en un jour, sans personne pour leur porter secours rappelle François Bugnion, ancien directeur du CICR. « Plongé dans un univers hallucinant, Dunant subit un traumatisme et en oublie son premier objectif, ajoute Roger Durand, président de la Société Henry Dunant. En trois jours, il développe des réflexes étonnants.».

Il recherche d’abord l’aide des civils et des femmes, ce qui est tout à fait nouveau.  Il a ensuite l’idée de soigner tous les blessés. À une époque où chaque camp ne s’intéresse qu’aux siens, il demande aux Français de libérer les chirurgiens autrichiens.

Au milieu du chaos, il trouve enfin le recul pour écrire à une Genevoise fort influente, la comtesse de Gasparin. « Ayant vu quelque chose qu’il ne peut pas taire, il veut alarmer le monde. Il invente ainsi le devoir de communication. Une évidence, aujourd’hui, dans l’humanitaire », relève Roger Durand. Trois ans plus tard, son livre "Un souvenir de Solferino" pose les bases de la Croix-Rouge. Dunant propose de constituer, en temps de paix, « des sociétés de secours dont le but serait de faire donner des soins aux blessés, en temps de guerre, par des volontaires zélés, dévoués et bien qualifiés ». Il suggère aux grands de ce monde «de formuler quelque principe international, conventionnel et sacré, lequel, une fois agréé et ratifié, servirait de base à des Sociétés de secours pour les blessés dans les divers pays de l’Europe. » Il y a là deux innovations décisives. Jusqu’alors, l’aide aux blessés était organisée par les Eglises et se déployait après l’événement. Avec Dunant, les sociétés de secours se créent dès le temps de paix et ne se dissolvent pas à la fin du conflit. L’autre nouveauté est d’asseoir l’aide sur un accord international, ouvert à tous et engageant les Etats dans la durée. Premier prix Nobel de la paix, « le terrain était mûr, mais la vitesse à laquelle Dunant arrive à convaincre les Etats de se réunir est sidérante…

(Source: Université de Genève, extraits communication 2009)

Avenue de la Paix 19
1202 Genève

En images




Bibliographie

  • Henry Dunant le prédestiné Gabriel Mützenberg éd. Robert Estienne 1984
  • Un souvenir de Solferino   H. Dunant - nombreuses rééditions
  • Henry Dunant Roger Durand éd. Slatkine 2012
  • Gustave Moynier François Bugnion éd. Slatkine 2010

N.B. plusieurs autres ouvrages sont mentionnés sur le site www.dunant-moynier.org

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