Cathédrale Saint-­Pierre

Une cathédrale avec un intérieur très sobre aménagé par Calvin

La Réforme a été adoptée à Genève le 21 mai 1536, (voir Maison Mallet) et depuis ce jour le culte protestant est célébré dans la Cathédrale, appelée dorénavant Temple de Saint Pierre.

L’entrée principale, un grand portail néoclassique érigé au milieu du XVIIIe siècle, peut sembler un peu incongrue devant l’édifice gothique, mais en son temps il devait consolider des colonnes, dont certaines, près de l’entrée, commençaient à s’écrouler. Mis à part le portail, le bâtiment est, dans les grandes lignes, celui construit entre 1160 et 1230.

La chapelle des Macchabées, dans le style du gothique flamboyant, est achevée vers 1415.

En face de la tour sud s’élève l’Auditoire où Calvin a si souvent commenté les Ecritures (voir Université/Académie).

L’intérieur de la Cathédrale, très sobre, a été aménagé pour le culte protestant selon les directives de Calvin (1509-1564). Des stalles du XVe siècle subsistent cependant, et on y trouve également le plus vaste ensemble de chapiteaux romans et gothiques de Suisse.

A côté du chœur, vers la tour sud, se trouve le tombeau avec statue grandeur nature du duc Henri de Rohan (1579-1638), chef des huguenots français.

Deux volets d’un retable de l’ancien maître-autel, peint en 1444 par Konrad Witz (1400-1445/47) ont été conservés (aujourd’hui au Musée d’art et d’histoire de la ville).  Le peintre situe l’épisode biblique de La pêche miraculeuse dans la rade de Genève, bien reconnaissable. Il s’agit de la première représentation d’un paysage réel dans l’art occidental.

Une restauration importante du bâtiment, effectuée entre 1973 et 1993, a permis des fouilles à l’intérieur de l’édifice et dans les rues alentour. Sous l’édifice un site archéologique ouvert en 1986 invite les visiteurs à découvrir les grandes étapes de l’histoire de Genève, étroitement liée à celle de sa cathédrale.

L’entrée du site archéologique se trouve à droite de l’entrée principale de Saint-Pierre. On peut aussi y accéder par le Musée International de la Réforme (voir Maison Mallet).

Développement historique

Une communauté chrétienne fort ancienne

Une communauté chrétienne a peut-être existé à Genève déjà dès la fin du IIème siècle, certainement au IIIème siècle.

Puis, au IVème siècle, Genève devient le centre d’un grand diocèse allant du lac du Bourget à la rivière Aubonne (Vaud), et du Jura au Mont-Blanc.

Le nouveau centre épiscopal, construit alors sur la colline surplombant la ville, est composé d’une première cathédrale située au nord et d’un baptistère. Vers l’an 400 une deuxième cathédrale est érigée au sud, puis autour de l’an 1000 un seul grand bâtiment remplace les constructions précédentes.

Entre 1160 et 1230 la nouvelle cathédrale gothique est construite et elle sera dédiée à l’apôtre Pierre, patron de la ville, plus précisément Saint-Pierre-aux-liens.

Au XVème siècle, grâce à ses foires, Genève était une ville riche, une des principales places commerciales et bancaires de l’Europe. Les nombreux commerçants et banquiers étrangers avaient leurs propres chapelles, mais ils étaient aussi des mécènes.

Ainsi, les stalles de Saint-Pierre furent payées par les banquiers florentins établis à Genève.

Pour le maître-autel de la cathédrale, un retable avait été commandé à un des peintres les plus renommés de l’époque, le bâlois Konrad Witz.

Le retable de Konrad Witz de 1444

Le panneau central du retable a disparu, mais sur l’un des deux volets préservés figure La délivrance de Saint-Pierre. L’apôtre est miraculeusement libéré de la prison (et de ses liens) par des anges (cf Actes 5, v.17ss).  Un hommage au patron de la ville de Genève, et sans doute une allusion au nom de la cathédrale.

Le volet le plus célèbre du retable, magnifiquement restauré en 2011-2012, est donc celui qui représente La pêche miraculeuse, montrant Jésus marchant sur les eaux du Lac Léman. En arrière fond s’élèvent les montagnes, telles qu’on les aperçoit encore aujourd’hui depuis la rade. Qui connaît Genève découvrira d’autres détails qui montrent bien que Konrad Witz n’a pas situé l’histoire dans un paysage imaginaire, comme c’était la coutume jusqu’à là, mais qu’il a réellement peint le paysage qu’il avait devant les yeux.

La chapelle des Macchabées

Construite en 1405-1406 dans le style gothique flamboyant, dotée d’un mobilier très riche, avec des fresques peintes par le turinois Giacomo Jaquerio, la chapelle des Macchabées avait été conçue comme sa chapelle mortuaire par le Cardinal Jean de Brogny. Après la Réforme elle servait d’entrepôt puis, du XVIIe au XIXe siècle, profondément transformée, elle hébergeait les salles de cours de l’Académie. En 1878 finalement, une rénovation devenant indispensable, la Chapelle des Macchabées fut restaurée et remise dans son état d’origine, mais selon les critères de l’époque, ce qui signifie que le décor fut repeint. Quelques fresques d’origine subsistent, elles se trouvent aujourd’hui au Musée d’art et d’histoire, dans la même salle que le retable de Konrad Witz.

La Clémence

En 1407 la grosse cloche nommée La Clémence fut installée dans la tour Nord de Saint Pierre. Refondue deux fois, en 1867 et en 1902, elle pèse 6'238 kg, possède un diamètre de 2m19 et donne la note Sol2. La Clémence, censée protéger la ville contre tous les malheurs, ne sonne que dans les grandes occasions.

La Réforme

En août 1535 la messe est abolie à Genève, et une partie de la population s’attaque alors aux statues, autels et peintures des églises, considérés comme des images idolâtres. Le magistrat interdira rapidement ces excès d’iconoclasme, mais des œuvres d’art précieuses sont irrémédiablement détruites.

Quelques mois plus tard, après l’adoption officielle de la Réforme, l’ancienne cathédrale sera aménagée en temple protestant: la chaire trouve une place centrale, car l’écoute de la Parole est au centre de la foi réformée. Dans le chœur, lieu sacré de la cathédrale traditionnelle, accessible uniquement aux ecclésiastiques, des bancs sont alors installés pour les fidèles. Des tables de communion, disposées de chaque côté de la nef, signifient aux croyants que le sacrifice de la messe est en contradiction avec la nouvelle foi, et qu’il ne doit plus y avoir d’autel dans un temple. 

Lorsque Calvin meurt en mai 1564, son collaborateur et successeur Théodore de Bèze devient le chef spirituel de la cité. Il vivra jusqu’en 1605, et ce sera lui qui entonnera l’action de grâces lorsque, après l’Escalade, les Genevois se rassembleront à Saint Pierre pour remercier Dieu d’avoir préservé leur ville (voir Passage de la Monnaie).

La Chapelle de Rohan

Le duc Henri de Rohan (1579-1638) d’origine bretonne, était issu de la haute noblesse protestante française. Il était cousin d’Henri IV par sa mère, et le roi protégeait celui qui avait combattu pour la cause protestante à ses côtés.

Mais tout changea lorsqu’Henri IV fut assassiné en 1610. Le duc de Rohan sera alors, et jusqu’à la fin de sa vie, tiraillé entre sa loyauté envers la maison royale et celle qu’il doit à ses coreligionnaires protestants. Lorsqu’ils se rebellent dans le Languedoc, parce que le cardinal Richelieu essaie de diminuer de plus en plus leurs droits, le duc de Rohan devient le chef des armées protestantes. Mais les troupes protestantes sont finalement battues par les royalistes, et leur chef est contraint à l’exil.

Des années plus tard, Henri de Rohan rentre en grâce, combat pour le roi, mais connaît de nouveaux échecs. Engagé par le duc de Weimar, allié de la France, il sera tué au combat en 1638, et selon ses vœux sa dépouille est amenée et ensevelie à Saint-Pierre de Genève (voir Plainpalais/Jonction).

Le portique néoclassique du XVIIIe siècle

Au fil des décennies et des siècles les règles très strictes établies au temps de la Réforme s’assouplissent de plus en plus. Au XVIIIe siècle de grands hôtels particuliers voient le jour dans la ville haute, et même à côté de Saint-Pierre. D’aucuns trouvent que la nouvelle Maison Mallet, (voir Maison Mallet) construite à l’emplacement de l’ancien cloître, fait belle figure à côté de la vieille cathédrale gothique un peu lugubre. Celle-ci menace d’ailleurs ruine, son portail et une partie des colonnes risquent de s’effondrer. Il faut intervenir d’urgence, et le grand portail néoclassique servira à consolider, mais aussi à embellir le bâtiment selon le goût du temps.

La restauration de 1973-1993 et Saint Pierre aujourd’hui

Ni la restauration du XVIIIe siècle ni celle entreprise à la fin du XIXe avaient pu résoudre à long terme le problème de la stabilité du bâtiment, dont toujours à nouveau certaines structures risquaient de s’écrouler. Afin d’assurer la pérennité de l’édifice, lors de la dernière restauration à la fin du XXème siècle on décida d’installer des micropieux métalliques ayant pour but de transmettre à une plus grande profondeur, dans une zone reconnue géologiquement favorable, une partie du poids de la cathédrale. Ce procédé délicat était possible grâce aux méthodes scientifiques modernes.

Si aujourd’hui encore le culte protestant est célébré chaque dimanche et lors des fêtes dans le Temple de Saint-Pierre, de nombreuses célébrations œcuméniques, voire interreligieuses y ont lieu depuis la deuxième moitié du XXe siècle. Une plaque commémorative mentionne d’ailleurs la première célébration œcuménique après la Seconde Guerre mondiale, en 1946, en présence de personnages religieux de différents pays.

Saint-Pierre est aussi un bâtiment public, et bien que depuis 1907 l’Eglise et l’Etat soient séparés à Genève, la cérémonie d’assermentation du Conseil d’Etat a encore aujourd’hui lieu à Saint-Pierre…

(Sources et ouvrages consultés : Archives de la Fondation des Clefs de Saint-Pierre, Archives de la Cathédrale Saint Pierre et Archives du site archéologique)

Cathédrale Saint-Pierre Genève
1204 Genève

En images




Bibliographie

  • Genève, petit guide historique pour le visiteur pressé - Louis Binz in Une histoire de Genève Essais sur la cité. Editions la Baconnière 2016.
  • Les fouilles de la cathédrale Saint Pierre de Genève (I Le centre urbain de la protohistoire jusqu'au début de la christianisation; II Les édifices chrétiens et le groupe épiscopal) Charles Bonnet et Alain Peillex, Société d'Histoire et d'Archéologie, Genève, 2009-2012

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