Université (ancienne Académie)

Former les pasteurs certes, mais aussi les croyants

Dans le parc des Bastions, face au Mur des Réformateurs, (voir Monument international de la Réforme) se trouve le bâtiment de l’Université (anciennement l’Académie), construit entre 1868 et 1871, qui abrite la Faculté autonome de théologie protestante, la Faculté des lettres, ainsi que la Bibliothèque de Genève. Dans l’aula, sous les grands vitraux, sont gravés les noms de Jean Calvin (1502-1564) et de Théodore de Bèze (1519-1605) ainsi que la date de 1559 en chiffres romains, rappelant la fondation de l’ancienne Académie.

Pour Calvin, la mise en place d’un enseignement de qualité au service de la nouvelle foi était une préoccupation centrale. Après avoir créé tout un parcours scolaire, du primaire jusqu’au collège, en s’inspirant de l’école crée par le grand humaniste Jean Sturm à Strasbourg, il veut encore instaurer un cursus de haut niveau, destiné notamment à la formation des pasteurs.

Le 29 mai 1559 sont promulguées les Leges Academiae Genevensis (Ordre du Collège de Genève) qui donnent à Genève un établissement d'enseignement secondaire, et une Académie. Profitant d’une crise à l’Académie de Lausanne, fondée par les Bernois, Calvin réussit à débaucher des professeurs de renom, notamment Mathurin Cordier, Pierre Viret et Théodore de Bèze, qui sera élu premier recteur de l’Académie par la Compagnie des pasteurs. Le 5 juin 1559 se déroule la cérémonie de fondation de l’Académie, où seront enseignés : la théologie, le grec et l’hébreu ainsi que les «arts» qui regroupent l’essentiel du savoir scientifique et philosophique de l’époque.

Durant les premières années, les cours sont donnés dans les bâtiments qui accueillent aussi ceux du collège, dans l’ancien couvent de Rive. Puis, un nouveau bâtiment pour le collège est construit à St Antoine (aujourd’hui collège Calvin), tandis que ceux de l’Académie sont déplacés à l’Eglise Notre-Dame-la-Neuve (aujourd’hui l’Auditoire), à côté de la Cathédrale (voir Cathédrale Saint-Pierre). Jean Calvin et Théodore de Bèze y enseignent la théologie… et l’Académie de Genève prend rapidement une dimension internationale en attirant des étudiants de toute l’Europe.

Au fil des siècles, un lent mouvement de laïcisation se développe, et peu après la construction du bâtiment des Bastions (1873) l’Académie prend le nom d’Université, inscrit dans sa loi l’ouverture des études aux femmes, crée une Faculté de médecine, puis nomme sa première professeure, la docteure en médecine Lina Stern.

Développement historique

Un profond renouvellement de l’enseignement

Pour Calvin, tout enseignement devait être au service de la nouvelle foi. La Réforme a pour but de créer un homme nouveau, de re-former l’humain créé par Dieu à son image mais déformée par le péché originel. Cette transformation est possible là où l’humain, par un enseignement approprié, devient capable de comprendre la parole de Dieu et de la mettre en pratique.

Il est donc important d’avoir des enseignants et des pasteurs, mais aussi des magistrats bien formés, en accord avec la nouvelle doctrine. Beaucoup de pasteurs ayant étudiés à l’Académie de Genève seront envoyés en France, en Italie et jusque dans le Nouveau monde comme le pasteur Jean de Léry (1536-1613).

La théologie, enseignée par Calvin lui-même et par Théodore de Bèze occupe une grande place dans les cours de l’Académie, et Calvin renouvelle profondément cet enseignement. Il étudie les textes bibliques avec les mêmes méthodes que celles utilisées par les savants de son temps pour la compréhension de la philosophie antique. Et pour cela il est indispensable de lire le texte dans la langue originale, à savoir l’hébreu ou le grec. Ceci explique pourquoi on accorde beaucoup d’importance à l’enseignement de ces langues.

Dès la fin du XVIème siècle un lent mouvement de laïcisation se développe.

En 1581 le Conseil d’Etat de l’époque nomme en son sein trois seigneurs scholarques, leur donnant un droit de regard sur l’Académie, dont l’enseignement était jusqu’à cette date défini par les théologiens.

Durant le XVIIème siècle, l’enseignement à l’Académie est donné exclusivement en latin, langue remplacée par le français dès 1700. Une Assemblée académique est fondée en 1703 ; elle deviendra plus tard le Sénat de l’Université.  De plus en plus de facultés sont créées : sciences, lettres, droit naturel, puis médecine.

Lina Stern, première professeure à l’Université de Genève.

Lina Stern (1878-1968) était originaire de l’actuelle Lettonie, qui faisait alors partie de l’Empire Russe. Les femmes n’étant pas admises aux études en Russie, comme beaucoup de ses compatriotes, elle vient à l’Université de Genève. Le professeur Jean-Louis Prévost (1838-1927) *, dont les ancêtres étaient arrivés à Genève à la fin du XVIème siècle, accueille Lina Stern dans son laboratoire de physiologie et patronne les travaux de sa thèse de doctorat. Prévost lui propose ensuite un poste d’assistante, lui ouvrant ainsi la possibilité de poursuivre ses recherches, de devenir privat-docente en 1906 puis d’être nommée première femme professeure (extraordinaire) de l’Université de Genève en 1918. Ses recherches et ses brillantes publications lui valent rapidement une renommée internationale, et pourtant elle n’obtient pas le statut de professeure ordinaire.

Elle part ensuite à Moscou pour travailler dans un laboratoire de recherches, dont elle prend la direction en 1929 et 10 ans plus tard, elle devient la première femme membre de l’Académie des Sciences de Russie.

Quelques années plus tard, elle tombe en disgrâce, est jetée en prison puis, au moment de sa libération, reprend aussitôt son travail à l’Académie des Sciences, tout en gardant le contact avec ses anciens collègues et amis genevois.

En 1960 l’Université de Genève décerne à Lina Stern le titre de docteure honoris causa ès sciences. Aujourd’hui, un bâtiment de l’Hôpital universitaire de Genève porte son nom.

* éminent neuroscientifique, co-participant à la création de la faculté de médecine, docteur honoris causa des Universités de Genève et Lausanne en 1913. L’Hôpital Universitaire de Genève l’a aussi honoré en baptisant de son nom un de ses bâtiments.

L’Université de Genève (UNIGE) aujourd’hui

Actuellement, l’Université de Genève dispose de plusieurs bâtiments équipés en fonction de la matière qui y est enseignée. Sans renier l’héritage de la Réforme, elle est résolument tournée vers le monde contemporain. Dans son portail internet l’institution se présente ainsi : 

« Fondée en 1559, l'Université de Genève est aujourd'hui l’une des plus grandes hautes écoles de Suisse. L'institution jouit d'un rayonnement international privilégié et cultive son ouverture au monde.

Elle se distingue par son patrimoine intellectuel, sa tradition humaniste et la polyvalence de son enseignement et de sa recherche, visant l’excellence dans tous les domaines qu’elle choisit d’investir.

Actrice de la révolution numérique, l’UNIGE est pionnière dans l’utilisation des technologies numériques dans l’ensemble de ses secteurs d’activité. »

En soulignant l’attachement à son patrimoine intellectuel et à sa tradition humaniste ainsi qu’à son ouverture au monde, l’Université de Genève démontre sa fidélité à l’héritage qu’elle a reçu de la Réforme.

(Sources et ouvrages consultés : Archives Etat de Genève – Archives de l’Université - Archives du Centre Protestant d’Etudes, Genève - Les femmes dans la mémoire de Genève du XVe au XXe siècle, collectif sous la direction d'Erica Deuber- Ziegler et Natalia Tikhonov, Etat de Genève et éd. Hurter, 2005)

Place de l'Université
1205 Genève

En images




Bibliographie

  • Histoire de l'Université de Genève de 1559-1900 + annexes Charles Borgeaud Genève, 1934 et   de 1914-1956 + annexes Paul-Emile Martin, Genève, 1959 (total 4 tomes)
  • Histoire de l'Université de Genève : 1559-1986 Marco Marcacci Genève, 1987. 293 p.
  • Jean Calvin. Vies parallèles, Denis Crouzet Fayard 2000
  • Histoire d'un voyage en terre de Brésil Jean Léry (de) , Classiques Poche 1994

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